Compte rendu du lancement de l’AFEP le 17 décembre 2009
Compte rendu de la réunion de lancement de l’AFEP qui s’est tenue à la Maison des Sciences Economiques, à Paris, le 17 décembre 2009
(rédigé par Bruno Tinel, secrétaire de l’association)
Nombre de personnes présentes : 125
Dans un premier temps, durant une trentaine de minutes quatre membres fondateurs de l’AFEP (le président et les trois vice-présidents) présentent les grandes lignes du projet puis un débat avec la salle a lieu sous la présidence de Nicolas Postel.
André Orléan (premier président de l’AFEP) prend tout d’abord la parole pour présenter l’esprit avec lequel l’AFEP est lancée. Lire le discours d’André Orléan sur ce site.
Edwin Le Héron (vice-président) prend la parole : les économistes doivent repenser leur place dans la société. Longtemps l’économie a été politique. Car une théorie économique raconte une histoire s’appuyant sur une « vision » de l’homme. Avec l’illusion d’une science pure, s’est développée la dangereuse idéologie d’une théorie économique sans idéologie. D’une recherche d’objectivité neutre aux valeurs, on est passé à une science sans valeur. La question importante que doivent se poser les économistes aujourd’hui est bien celle de leur place dans la société. Quelle est leur responsabilité sociale face aux crises qui nous secouent, aux inégalités croissantes entre et au sein des pays, au chômage et à la pauvreté qui perdurent ? Aujourd’hui, l’économiste n’est plus jugé sur sa capacité à traiter les problèmes de la société, mais à s’insérer dans des réseaux, à travailler sur les thèmes « porteurs » et avec une méthodologie et un format qui lui permettent d’être publié. Ainsi, les carrières continuent de se faire loin de la vulgaire réalité qu’est la crise économique. Nous nous devons de changer cette dérive.
Puis Agnès Labrousse (vice-présidente) souligne que le lancement de l’AFEP est l’occasion d’une nouvelle alliance avec les autres sciences sociales. Cette association doit aussi frayer des ouvertures avec l’enseignement secondaire, la société civile et les médias, notamment à travers la mise en place de réseaux de correspondants locaux et internationaux. Ce mouvement qui se déploie en faveur de l’économie politique en France existe aussi dans d’autres pays et au niveau international ; on en prend conscience un peu partout. Mais pour qu’il s’étende, pèse et s’installe dans la durée, il faut produire ( !) : congrès, lettre d’information, site etc.
Enfin, Richard Sobel (vice-président) annonce que le premier congrès de l’AFEP est prévu pour décembre 2010 à Lille. Il indique que d’ici là, la vie de l’association s’articulera autour des différentes commissions de réflexion mises en place dès le 17 décembre. Ces commissions sont ouvertes à tous les adhérents (il suffit de s’y inscrire) et seront pilotées, au moins au début, par des membres fondateurs de l’association. La liste des commissions est la suivante :
Commission 1 : Métiers, carrières, concours
Commission 2 : Evaluation et reconnaissance des productions académiques
Commission 3 : Economie et débat public
Commission 4 : Enseignement de l’économie à l’université
Commission 5 : Economie et sciences sociales
Commission 6 : Communication
Il se peut que par la suite certaines commissions soient finalement regroupées et que de nouvelles soient créées. (des feuilles sont mises en circulation dans la salle pour que l’on puisse s’inscrire dans les différents groupes)
Le bureau de l’association est élu pour un an, il sera renouvelé à Lille en décembre 2010. Pour l’instant il est composé comme suit :
Président : André Orléan Vice-présidents : Agnès Labrousse, Edwin Le Héron, Richard Sobel Secrétaire : Bruno Tinel Trésorier : Claire Pignol
Le débat avec la salle commence ensuite, sous la présidence de Nicolas Postel assisté de Thomas Lamarche. Plusieurs personnes prennent la parole et, selon les thèmes abordés, un ou plusieurs membres fondateurs leurs répondent. Liste des personnes intervenues : Michel Armatte, Mireille Bruyère, Gabriel Colletis, Pierre Courtioux, Arnaud Delepine, Christian Dutertre, Vincent Frigant, Denis Jouan, Thierry Kirat, Frédéric Lordon, Philippe Méhaut, Georges Ménahem, Christian Palloix, Dominique Plihon.
Pour un premier intervenant, le point central est celui de l’évaluation. Nous devons réfléchir à un cahier des charges convenable de ce que l’on considère devoir être l’évaluation des chercheurs et des laboratoires. Un autre collègue apprécie que l’association se positionne sur le pluralisme (plutôt que simplement l’hétérodoxie) car il existe un grand nombre de nos collègues dont les travaux sont dans le mainstream qui sont en total désaccord avec le verrouillage actuel (carrières, revues, agrégation etc.). Une conception pluraliste invite à réfléchir sur les règles régissant la discipline avec les collègues du mainstream (ceci ne transparaissait pas clairement dans l’appel initial). Le dialogue avec les autres disciplines et l’insertion dans les réseaux internationaux sont fondamentaux. Notons d’ailleurs que dans d’autres pays, les frontières entre disciplines sont différents (cf. industrial relations au Royaume-Uni). Une troisième personne regrette la fragmentation et l’enfermement actuels de notre discipline qui devient une pseudo science, ce qui tranche d’avec l’ouverture que connut le débat durant les années 1960 et 1970. Compte tenu des objectifs essentiellement institutionnels et opérationnels de l’AFEP, un autre intervenant s’interroge sur l’opportunité d’une nouvelle section interdisciplinaire éco/socio au CNU. Certes l’AFEP affiche une volonté d’ouverture et de tolérance mais nous en sommes à un point de confrontation et la période que nous vivons nous est plutôt favorable : il faut en profiter pour donner au congrès aussi une destination extérieure au champ de notre discipline. En particulier, l’AFEP aurait vocation à dire fermement et clairement la nature de la contribution de l’économie dominante à la situation présente, au regard de laquelle serait mis en avant notre propre apport.
André Orléan répond tout d’abord en insistant sur la difficulté à traduire les problèmes théoriques de fond sous forme pratique et organisationnelle. Comment crée-t-on une communauté et un débat ? La stratégie doit être discutée, en effet, compte tenu de la conjoncture historique. Sur la question du pluralisme, il y a deux choses : d’une part les pratiques des économistes eux-mêmes et d’autre part le rapport aux autres sciences sociales. Nous voulons peser sur le verrouillage actuel des institutions de la profession d’économiste, c’est la vocation première de l’AFEP mais il serait absurde de nous priver d’importantes forces vives par une définition trop restrictive de l’économiste : l’AFEP est ouverte à tous ceux qui se reconnaissent dans ses objectifs de transformation des institutions de la profession d’économiste dans le sens du pluralisme. Edwin Le Héron rappelle qu’une fraction importante de l’orthodoxie demeure ouverte au pluralisme, ils ont tout naturellement leur place à l’AFEP.
Plusieurs personnes interviennent ensuite pour que soit posée à travers l’AFEP la question de la place de l’économie comme discipline dans la société. Quel rôle social pour les économistes ? Quelle place pour « l’expert » économiste dans la démocratie ? L’économiste peut-il raisonnablement prétendre se placer au dessus du débat politique ? Un collègue remarque que des liens sont à nouer de ce point de vue avec les science studies. Un autre suggère que l’ouverture de l’AFEP à la société se manifeste notamment par la présence d’économistes non universitaires dans le bureau de l’association. Une troisième personne propose que le second congrès de l’AFEP se tienne dans sa ville, à Toulouse en 2011.
Claire Pignol (trésorière de l’AFEP) souhaite que l’ouverture à la société ne vienne pas oblitérer la question de la liberté dans l’enseignement et dans la recherche où la hiérarchie s’impose de plus en plus par divers biais visant à normaliser et uniformiser les thèmes de recherche et les maquettes de cours. Nombreux sont les collègues (mainstream ou non) qui se reconnaissent dans cette lutte pour la liberté dans l’enseignement et la recherche.
Dans le même sens, un autre collègue considère que l’un des principaux rôles de l’université est de garantir la liberté académique : comment éviter les biais systématiques dans les recrutements contre les minoritaires ? Quelle gestion de la recherche publique ? Pour un autre collègue, nos associations savantes et même notre place dans la société civile se heurtent à notre faiblesse institutionnelle, mais a-t-on vraiment intérêt à continuer d’envisager notre avenir en section 5 ? Ne sommes nous pas dans l’impasse dans cette section ? L’agrégation constitue l’un des principaux points de blocage ; de même la manière dont la LRU et les « réformes » actuelles sont appliquées risque de nous mettre en péril. Au contraire, une autre personne considère que la création d’une nouvelle section n’est pas envisageable sérieusement et qu’il convient plutôt d’investir massivement les institutions existantes avec une approche pluraliste : qu’a-t-on à dire sur les réformes en cours etc. ? Enfin, une personne demande s’il y a un objectif à atteindre en terme de nombre d’adhérents pour l’AFEP. Question sur laquelle les avis divergent.
Concernant les relations internationales, Bruno Tinel signale que l’International Initiative for Promoting Political Economy (IIPPE) a d’ores et déjà fait une proposition à l’AFEP pour que leurs congrès soient organisés conjointement en 2011. Par ailleurs, à propos des sections du CNU, il convient de prendre en compte dans la discussion le déséquilibre provenant notamment des membres nommés par le gouvernement.
Après une intervention de Florence Jany-Catrice (membre fondatrice de l’AFEP), qui souligne l’importance du chiffre (cf. adhérents), Nicolas Postel clôt le débat et donne la parole au président de l’AFEP. André Orléan conclut sur la nécessité d’un acteur collectif et d’une logique d’alliance assez large. L’AFEP n’est pas une association d’hétérodoxes mais une association d’économie politique pour le pluralisme afin de peser sur les institutions du champ professionnel des économistes. Nous ne sommes pas isolés mais au contraire très nombreux à souhaiter cela et nous pouvons mener ensemble une extraordinaire action collective à travers l’AFEP !
Bruno Tinel
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